Le Radeau Des Migrants, Peinture mixte

     Le Radeau des Migrants

 

L’EMOTIONNISTE

 

Mon corps est immobile,  mon être  en repos.

Je ne désire rien,  je n’attends personne.

Je ne peux pas dormir, je vais à vau l’eau.

Le temps n’existe plus. Aucune heure ne sonne.

       ***  

 Tout à coup, mon corps est saisi de frissons.

Une émotion intense est rentrée en moi-même.

Au fond de moi, je sens comme des convulsions.

La vie a mis en moi, pour l’exprimer, un thème.

  ***   

Lors, instinctivement, je suis au chevalet.

Devant moi, frémissante, la toile m’appelle.

Mes bras quittent mon corps et se font le reflet.

Du bouillonnement qui tout, au fond de moi, mêle.

  ***   

Alors, la couleur vole et éclate. Au pinceau,

Au couteau, à la main, par l’huile ou l’aquarelle,

Et, de mon inconscient, en un émoi nouveau,

Jaillit, spontanément, l’image intemporelle.

  ***   

Ce que j’ai dit ainsi, vous ne le saurez pas

Quand vous regarderez cette œuvre exceptionnelle.

Car toute l’émotion qui vous envahira

Vous replongera dans votre vie personnelle.

   ***  

Tel est ce qui survient quand on suit l’émotion.

Tel est ce qui conduit le peintre émotionniste.

Tel est le cri d’amour que lance avec passion,

Dans un déchirement, le talent de l’artiste.

 

                                                                                   Bernard Munsch